

(Critique suivra)
---
Comédie (un peu farce aussi) en deux actes, de 6 à 7 rôles: 5-6H/1F mais les genres ne sont pas importants
(Lue au Café du Marché le 11 mars 2026)
Dans un commissariat de Milan, un anarchiste tombe «accidentellement» du quatrième étage d’un commissariat. L’enquête conclut à un suicide. Quelques semaines plus tard, un fou est interrogé dans ce même commissariat. Ce «Fou» va se livrer à une saisissante contre-enquête, s’employant avec force déguisements et subterfuges à reconstituer la scène de l’assassinat, forçant les aveux des agents de police et du commissaire présents le soir du drame.
Malheureusement, cette pièce écrite et présentée en 1970 est ancrée dans la réalité. Elle est en effet dédiée à la mort «accidentelle», le 15 décembre 1969, du cheminot anarchiste Giuseppe Pinelli, «tombé» suite à un «malaise actif» d'une fenêtre ouverte du quatrième étage de la préfecture de police de Milan, alors qu'il était interrogé au sujet de l'attentat de Piazza Fontana survenu trois jours plus tôt. Attentat dont on sait aujourd'hui qu'il fut commis par des groupes néo-fascistes, même si personne ne pourra finalement être arrêté pour raisons administratives. Le commissaire Calabresi de la préfecture de Milan sera à son tour assassiné en 1972, en représailles pour le décès de Pinelli, par un groupe d'extrême-gauche. Pour écrire leur pièce, Fo et Rame se sont appuyés sur des documents (procès-verbaux, articles, interviews, etc.), adaptant la forme de la pièce au fur et à mesure que de nouveaux éléments venaient à jour. Cette affaire fit un immense scandale en Italie et en Europe, mettant à jour les méthodes discutables de la police et de la justice italienne de l'époque. Méthodes que Fo et Rame vont dénoncer à plusieurs reprises. Cette comédie valut à Fo plus de quarante procès, au point qu'à un certain moment il déplaça l'action à New York dans les Années '20, l'attachant à un fait divers similaire proche de l'affaire Sacco et Vanzetti.
Dario Fo est né en 1926 dans une famille prolétarienne. Très vite, il s’ouvre à une véritable réflexion politique qui le mènera à 25 ans à commenter l’actualité à la radio avec l’irrévérence et la férocité qui le caractérisent encore aujourd’hui. Peu après, il fonde sa propre compagnie théâtrale, en compagnie de sa femme, Franca Rame, avec laquelle il se permet de fustiger les institutions et les classes dirigeantes durant plus d’un demi-siècle: les attentats meurtriers des années 70, les coups d’états plus ou moins orchestrés par les services secrets, la répression policière, la corruption, l’opération «mains propres», etc… Son théâtre est le reflet de l’histoire récente de l’Italie, et de son engagement dans la lutte des classes, ce qui ne l’empêche pas de recourir à tous les mécanismes du rire et d’y exprimer sa fantaisie surréaliste et son art du théâtre de tréteaux. Un temps compagnon de route du PC italien, il exprime son indépendance en refusant de devenir un instrument de propagande. Rien ne lui sera épargné: censure ouverte, menaces, poursuites pour «délit d’opinion», arrestations abusives, enlèvement de Franca Rame par un commando fasciste... Dans tous ces combats, il se montre un lutteur infatigable dont on retiendra essentiellement la qualité de son œuvre (à la hauteur de son engagement), qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1997 car «suivant la tradition des bouffons médiévaux, il se moque du pouvoir en rendant leur dignité aux opprimés».
(Fribourg, le 5 mars 2026)
(Critique suivra)
---
Comédie (un peu farce aussi) en deux actes, de 6 à 7 rôles: 5-6H/1F mais les genres ne sont pas importants
(Lue au Café du Marché le 11 mars 2026)
Dans un commissariat de Milan, un anarchiste tombe «accidentellement» du quatrième étage d’un commissariat. L’enquête conclut à un suicide. Quelques semaines plus tard, un fou est interrogé dans ce même commissariat. Ce «Fou» va se livrer à une saisissante contre-enquête, s’employant avec force déguisements et subterfuges à reconstituer la scène de l’assassinat, forçant les aveux des agents de police et du commissaire présents le soir du drame.
Malheureusement, cette pièce écrite et présentée en 1970 est ancrée dans la réalité. Elle est en effet dédiée à la mort «accidentelle», le 15 décembre 1969, du cheminot anarchiste Giuseppe Pinelli, «tombé» suite à un «malaise actif» d'une fenêtre ouverte du quatrième étage de la préfecture de police de Milan, alors qu'il était interrogé au sujet de l'attentat de Piazza Fontana survenu trois jours plus tôt. Attentat dont on sait aujourd'hui qu'il fut commis par des groupes néo-fascistes, même si personne ne pourra finalement être arrêté pour raisons administratives. Le commissaire Calabresi de la préfecture de Milan sera à son tour assassiné en 1972, en représailles pour le décès de Pinelli, par un groupe d'extrême-gauche. Pour écrire leur pièce, Fo et Rame se sont appuyés sur des documents (procès-verbaux, articles, interviews, etc.), adaptant la forme de la pièce au fur et à mesure que de nouveaux éléments venaient à jour. Cette affaire fit un immense scandale en Italie et en Europe, mettant à jour les méthodes discutables de la police et de la justice italienne de l'époque. Méthodes que Fo et Rame vont dénoncer à plusieurs reprises. Cette comédie valut à Fo plus de quarante procès, au point qu'à un certain moment il déplaça l'action à New York dans les Années '20, l'attachant à un fait divers similaire proche de l'affaire Sacco et Vanzetti.
Dario Fo est né en 1926 dans une famille prolétarienne. Très vite, il s’ouvre à une véritable réflexion politique qui le mènera à 25 ans à commenter l’actualité à la radio avec l’irrévérence et la férocité qui le caractérisent encore aujourd’hui. Peu après, il fonde sa propre compagnie théâtrale, en compagnie de sa femme, Franca Rame, avec laquelle il se permet de fustiger les institutions et les classes dirigeantes durant plus d’un demi-siècle: les attentats meurtriers des années 70, les coups d’états plus ou moins orchestrés par les services secrets, la répression policière, la corruption, l’opération «mains propres», etc… Son théâtre est le reflet de l’histoire récente de l’Italie, et de son engagement dans la lutte des classes, ce qui ne l’empêche pas de recourir à tous les mécanismes du rire et d’y exprimer sa fantaisie surréaliste et son art du théâtre de tréteaux. Un temps compagnon de route du PC italien, il exprime son indépendance en refusant de devenir un instrument de propagande. Rien ne lui sera épargné: censure ouverte, menaces, poursuites pour «délit d’opinion», arrestations abusives, enlèvement de Franca Rame par un commando fasciste... Dans tous ces combats, il se montre un lutteur infatigable dont on retiendra essentiellement la qualité de son œuvre (à la hauteur de son engagement), qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1997 car «suivant la tradition des bouffons médiévaux, il se moque du pouvoir en rendant leur dignité aux opprimés».
(Fribourg, le 5 mars 2026)