
(Critique suivra)
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Fiche de lecture «Fin de partie» (1957), de Samuel Beckett (1906-1989, Nobel de littérature 1969)
Comédie dramatique, 4 rôles: 1F/3H
(Lue au Café du Marché le 29 avril 2026)
Il n'y a pas à proprement parler d'intrigue dans «Fin de partie». L'action se déroule dans une seule pièce où vivent quatre personnages: Hamm, un vieil homme aveugle et incapable de se tenir debout, et son serviteur Clov, qui, au contraire, est incapable de s'asseoir. Sur scène se trouvent également les très vieux parents de Hamm, Nagg et Nell, qui n'ont pas de jambes et vivent dans des poubelles. Ils mènent leur existence dans une petite maison au bord de la mer, mais d'après leurs dialogues, il semble qu'à l'extérieur, il n'y ait plus rien: ni mer, ni soleil, ni nuages. Hamm et Clov, dépendants l'un de l'autre, ont passé des années à se disputer et continuent de le faire tout au long de la pièce. Clov voudrait sans cesse partir, mais, apparemment, il n'y parvient pas ou n'a nulle part où aller.
«Fin de partie» explore les thèmes de l'absurde, de l'isolement et de l'existence humaine. La pièce commence et se termine dans un état de stagnation, soulignant la cyclicité et l'inéluctabilité de leur existence. Hamm et Clov échangent des dialogues pleins de sarcasme et de désespoir, reflétant l'absurdité et l'inévitabilité de la fin. La pièce symbolise la fin d'une partie d'échecs, lorsqu'il ne reste plus que très peu de pièces sur l'échiquier. Beckett était connu pour être un passionné de ce jeu et le refus de Hamm d'accepter la fin imminente peut être comparé à celui des joueurs amateurs qui continuent à jouer sans se rendre compte de la défaite inévitable, tandis que les professionnels, face à une situation clairement défavorable, ont pour habitude d'abandonner la partie.
Samuel Beckett fut un écrivain, dramaturge et poète irlandais. Né en 1906 à Dublin, Beckett a étudié au Trinity College de Dublin, où il a obtenu un diplôme en français et en italien. En 1928, il déménage à Paris et devient lecteur d'anglais à l'École normale supérieure. C'est à Paris qu'il rencontre et se lie d'amitié avec James Joyce, qui l'influence profondément. De retour en Irlande en 1930, Beckett enseigne brièvement avant de se consacrer à l'écriture.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Beckett s'installe en France et s'engage dans la Résistance française. Après la guerre, il décide de rester à Paris et commence à écrire en français, considérant que cette langue lui permet d'être plus concis et précis dans son écriture. C'est à cette époque qu'il écrit ses romans les plus célèbres: «Molloy» (1951), «Malone meurt» (1951) et «L'Innommable» (1953), qui forment une trilogie. Cependant, c'est avec la pièce «En attendant Godot» (1953) que Beckett connaît un succès international. La pièce, qui met en scène deux personnages, Vladimir et Estragon, attendant en vain l'arrivée d'un certain Godot, est considérée comme un chef-d'œuvre du théâtre de l'absurde et a été interprétée dans le monde entier.
En 1969, Samuel Beckett reçoit le prix Nobel de littérature pour son œuvre, qui "transforme le désespoir de l'existence humaine en une vision comique et tragique, capable d'éveiller la compassion chez ses lecteurs". Il considérera cela comme une "catastrophe", rejetant ainsi toute institutionnalisation de son œuvre. Son désarroi de recevoir le prix Nobel s'explique aussi par son désintérêt pour les mondanités et les devoirs qui y sont liés: "Quelle humiliation pour un homme si orgueilleux! La tristesse d'être compris!" Ce sera son éditeur qui ira chercher le prix, dont il distribuera le montant parmi ses amis.
Beckett décède en 1989 à Paris. Son héritage en tant qu'écrivain et dramaturge reste considérable, et son influence se fait encore sentir dans la littérature, le théâtre et la philosophie contemporaines.
- Fiche Wikipédia: https://fr.wikipedia.org/wiki/Fin_de_partie
(Fribourg, le 24 avril 2026)
(Critique suivra)
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Comédie dramatique, 8 rôles: 2F/6H
(Lue au Café du Marché le 22 avril 2026)
Paris, en 1942: en pleine Occupation, un groupe d’amis très hétéroclite se réunit dans un appartement de la banlieue parisienne pour fêter l’anniversaire de Sophie, une femme un peu naïve. Parmi les invités figurent un oncle collaborateur nazi, un ancien combattant aveugle, un médecin mielleux, un éducateur arrogant, une jeune fille patriote et Victor, le mari de l’invitée d’honneur. Soudain, deux officiers allemands sont abattus juste sous les fenêtres de l’immeuble où la fête bat son plein. La Gestapo ratisse alors l’immeuble, prenant deux otages par appartement afin de les fusiller en représailles si le meurtrier n’est pas arrêté. La situation semble bien sombre, mais soudain le commandant SS Kaubach, qui dirige l’opération de ratissage, surgit dans l’appartement et reconnaît en la personne de Victor son libraire, à qui il achète régulièrement des ouvrages précieux. Par courtoisie pour son libraire, avec lequel il a toujours eu des rapports courtois, Kaubach leur fait une proposition… C’est alors que commence une comédie noire et grinçante, qui nous plongera au cœur de la lâcheté humaine.
Ce huis clos nous plonge avec une saisissante réalité au cœur de deux problèmes: celui de la peur et celui du comportement des humains lorsqu’ils se trouvent dressés les uns contre les autres face au danger. La petitesse et la médiocrité sous-jacentes aux personnages nous mettent en face, voire au milieu, d’un éventail de comportements où chacun de nous peut se reconnaître. La question simple, presque banale, et pourtant complexe qui nous assaille alors est: et nous, qu’aurions-nous fait à leur place?
Vahé Katcha, de son vrai nom Vahé-Karnik Katchadourian, est né à Damas en 1928 dans une famille d’origine arménienne. Il passe son enfance au Liban et le quitte à 17 ans, en 1945, pour la France. Arrivé à Paris, il suivra des études de cinéma et de mise en scène. Il publiera son premier livre à 25 ans et son deuxième roman «Œil pour œil» publié deux ans plus tard sera déjà adapté au cinéma par André Cayatte. L’histoire d’amour entre l’écriture de Katcha et le cinéma ne cessera plus de fleurir: il finira par écrire une quinzaine de scénarios de film, en plus de ces vingt-cinq romans et deux pièces de théâtre. Une de ces deux, écrite également en tant que nouvelle, est justement « Le Repas des fauves», publié en 1960.
Un film fut adapté de la pièce par Christian-Jaque en 1964. Ayant vu ce film à la télévision en 2001, Julien Sibre a eu l’idée de monter la pièce. Il a alors contacté Vahé Katcha puis, avec son accord, retravaillé l’adaptation de la pièce. Sibre travaillera ensuite plusieurs années sur son projet, Katcha décédant entre-temps en 2003 à Paris. Enfin, la création aura lieu en 2009 puis sera jouée dès 2010 et gagnera trois Molières en 2011 (adaptation, mise en scène et théâtre privé).
(Fribourg, le 17 avril 2026)
(Critique suivra)
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Pièce, 6 rôles: 3F/3H
(Lue au Café du Marché le 15 avril 2026)
Anne essaie tant bien que mal de s’occuper d’André, son père, que sa mémoire défaillante rend de plus en plus dépendant. Les aides-soignantes qui se succèdent auprès de lui, découragées par son caractère irascible, ne lui sont d’aucun secours. Les souvenirs du père se disloquent peu à peu. Tout se brouille autour de lui, les lieux entre eux, les êtres aimés avec les inconnus. Au soir de son existence, son égarement l’emprisonne de plus en plus dans une irréversible solitude.
Cette pièce de Florian Zeller, créée en 2012 à Paris, a connu un succès international foudroyant et a gagné d'innombrables prix (dont cinq Molières en 2014), en particulier à partir de sa traduction en anglais par Christopher Hampton, portée sur les scènes britanniques dès 2015. Le Times arriva même à la définir comme la meilleure pièce de la décennie et l'inclut dans sa liste des 25 meilleures pièces du siècle.
Une première adaptation est portée au cinéma en 2015 sous le titre de «Floride», sous la réalisation de Philippe Le Guay. Florian Zeller lui-même réécrira avec Christopher Hampton une adaptation, portée à l'écran par lui-même en 2020 sous le titre «The Father» (ou «Le Père» au Québec) avec rien que moins qu'Anthony Hopkins dans le rôle titre et Olivia Colman dans celui de la fille, excusez du peu! Cette version cinématographique de la pièce gagnera à son tour plus de 200 prix et nominations à travers le monde, dont deux Oscars (meilleur acteur pour Hopkins et meilleur scénario) et le César du meilleur film étranger en 2022. Petit génie, va...
Né à Paris en 1979, Florian Zeller étudiera sciences politiques, mais surtout publiera en parallèle ses premiers romans dès l'âge de 22 ans. Remarqué par la critique en 2004, il commencera alors également à écrire pour le théâtre. Il rencontrera un franc succès, couronné par son entrée à l'Académie française à seulement 46 ans en 2025.
(Fribourg, le 11 avril 2026)
(Critique suivra)
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Drame, 8 rôles: 2F/6H
(Lue au Café du Marché le 8 avril 2026)
Wilfrid apprend la mort de son père, qu’il n’a pas connu. Ses oncles et tantes maternels refusant que ce dernier soit enterré dans le caveau familial, il décide de lui offrir une sépulture dans son pays natal. Commence alors pour Wilfrid un voyage au sein d’un pays qui sort tout juste d’une guerre: les cimetières y sont pleins et les proches de son père rejettent sa dépouille. Wilfrid marchera de village en village, jusqu’au littoral, et lors de ce périple il fera la rencontre de Simone, une fille en colère qui elle aussi a dû affronter un deuil, et de nombreux autres jeunes gens de leur âge. Cette épopée deviendra une véritable quête d’identité et de construction de soi.
"Littoral" a été créé au Festival Théâtres des Amériques en 1997 par une bande d’amis comédiens trentenaires, traversés par nombre de questions liées à l’existence. La version originale de la pièce a été écrite par Wajdi Mouawad et Isabelle Leblanc, mais seul Wajdi Mouawad signera la version publiée en 1999.
Wajdi Mouawad est né au Liban en 1968. Sa famille quitte son pays natal à l'âge de dix ans, à cause de la guerre civile; ils émigreront d'abord en France, puis au Québec dans la ville de Montréal en 1983. Wajdi se diplômera à l'École nationale du théâtre du Canada en 1991, puis créera dans sa ville de nombreuses mises en scènes, dont certaines des pièces écrites par son frère Naji. Ce sont surtout ses deux propres pièces "Littoral" (1997) et "Incendies" (2003, adapté au cinéma par Denis Villeneuve en 2010) qui lui apporteront la reconnaissance du public et lui offriront la possibilité de revenir en France. L’ensemble de son travail est à maintes reprises remarqué et récompensé par des prix.
(Fribourg, le 2 avril 2026)
(Critique suivra)
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Comédie en trois actes, 7 rôles: 3F/4H
(Lue au Café du Marché le 1er avril 2026)
C'est l'histoire d'Ersilia Drei qui, se sentant insignifiante, accepte, pour avoir une raison d'être, d'incarner ce que les autres ont voulu qu'elle soit.
Et... je pourrais m'arrêter là, tant cette courte phrase distille l'essentiel de cette comédie dramatique. Pour vous donner un peu plus envie de lire cette pièce, j'essaye toutefois de vous donner ci-après un petit synopsis plus traditionnel: La jeune Ersilia, gouvernante dans la famille du consul italien à Smyrne, est licenciée à la suite du décès de la petite fille dont elle avait la charge, décès dont on la juge responsable. De retour en Italie, à Rome, Ersilia se met en quête d’un homme, un ancien officier de marine qui, lors d’une rencontre à Smyrne, l’avait séduite et demandée en mariage. Elle apprend cependant qu’il est sur le point de se marier avec une autre femme. Ersilia tente alors de se suicider et, après avoir échoué, elle est sauvée par le romancier Ludovico Nota qui l’accueille chez lui. Les hommes de son passé reviendront alors demander des comptes sur les choix de vie d’Ersilia, dans un jeu de massacre inéluctable et impitoyable.
"Vêtir ceux qui sont nus" est une œuvre d’une grande force et d’une grande actualité: elle nous parle de l’importance des médias de masse, de la souffrance qui devient spectacle, du voyeurisme morbide qui infecte notre société contemporaine. Une réflexion profonde, qui passe par les habituels doutes pirandelliens (oui, en italien l'oeuvre de Pirandello a même donné naissance à un adjectif!) sur l’identité: suis-je ce que je parais être? Suis-je vraiment tel que les autres me voient ou m’imaginent? Pirandello a rédigé cette pièce en avril-mai 1922 et la première a eu lieu le 14 novembre de la même année à Rome.
Luigi Pirandello, dramaturge, poète et écrivain sicilien, est considéré comme l'un des plus grands dramaturges de langue italienne du XXᵉ siècle. Né à "Kaos" près d'Agrigente pendant une épidémie de choléra, il est issu d'une famille aisée de marchands de soufre. Son enfance est marquée par des difficultés de communication avec les adultes, surtout son père, ce qui a aiguisé ses capacités d'observation.
Je suis fils du Chaos; et non pas au sens figuré, mais bien en réalité, car je suis né dans notre campagne, près d’une forêt dense que les habitants de Girgenti [Agrigento] appellent, en dialecte, _Càvusu_, déformation dialectale du mot grec authentique et ancien "Kaos". (Luigi Pirandello, 1893, dans une lettre à son ami Pio Spezi)
Sa formation l'emmène de Palerme et Rome jusqu'à Bonn, en Allemagne, où il termine ses études de philologie romane. En 1894, il épouse Maria Antonietta Portulano dans un mariage de convenance mais qui deviendra par la suite un vrai amour. Cependant, la tragédie frappe en 1903 lorsque la mine de soufre de son père fait faillite, ruinant la famille. Quelques années plus tard, sa femme développe une schizophrénie sévère, menant à son internement en 1919 jusqu'à sa mort en 1958.
Cette souffrance personnelle influence profondément son œuvre, notamment son intérêt pour la psychanalyse freudienne. Bien que son roman "Feu Mathias Pascal" (1904) lui ait apporté un premier succès, la vraie reconnaissance arrive pour Pirandello qu'en 1922 quand il se consacre entièrement au théâtre. Le traumatisme de la Première Guerre mondiale (son fils est capturé par les Autrichiens) le pousse davantage à écrire, lui valant une renommée internationale et le Prix Nobel de littérature en 1934 "pour son renouvellement audacieux et ingénieux de l'art dramatique et théâtral". Ses œuvres sont adaptées au cinéma, même à Hollywood avec une interprétation par Greta Garbo elle-même. Fort de cette célébrité, Pirandello rencontre même Albert Einstein à Princeton en 1935; les critiques comparaient les deux hommes pour avoir exploré la relativité — Einstein en physique, Pirandello dans l'identité par la relativité du moi.
Il meurt d'une pneumonie en 1936 à 69 ans, laissant inachevée sa dernière pièce "Les Géants de la montagne". Contre les vœux du régime fasciste pour des funérailles d'État, ses dernières volontés furent respectées: char funéraire modeste, aucun cortège, crémation.
Un char de la classe la plus basse, celui des pauvres. Nu. Et que personne ne m'accompagne, ni parents ni amis. Le char, le cheval, le cocher, et c'est tout. Brûlez-moi. (Luigi Pirandello, dans son testament de 1911)
En 1947, cinq étudiants siciliens (dont le futur écrivain Andrea Camilleri) parviendront à accomplir sa toute dernière volonté et enterreront ses cendres dans le jardin de sa maison natale à Kaos.
Pirandello, devenu célèbre précisément grâce au théâtre, appelait sa dramaturgie "théâtre du miroir", car celui-ci met en scène la vie réelle, telle qu'elle est: nue et amère, dépourvue du masque de l'hypocrisie et des convenances sociales. Ainsi le spectateur est appelé à se regarder comme dans un miroir tel qu'il est réellement, et possiblement à devenir meilleur. Pirandello ira également jusqu'à explorer la métaphysique théâtrale, en particulier dans sa trilogie célèbre de sa phase "théâtre dans le théâtre": "Six Personnages en quête d'auteur", "Chacun à sa manière" et "Ce soir on improvise". Le dramaturge y abolit le quatrième mur et implique son public, qui n'est plus passif mais qui reconnaît sa propre vie dans celle que mènent les acteurs sur scène.
Vous désirez quelques notes biographiques sur moi et je me trouve extrêmement embarrassé pour vous les fournir; cela, mon cher ami, pour la simple raison que j'ai oublié de vivre, oublié au point de ne pouvoir rien dire, mais exactement rien, sur ma vie, si ce n'est peut-être que je ne la vis pas, mais que je l'écris. De sorte que si vous voulez savoir quelque chose de moi, je pourrais vous répondre: Attendez un peu, mon cher Crémieux, que je pose la question à mes personnages. Peut-être seront-ils en mesure de me donner à moi-même quelques informations à mon sujet. Mais il n'y a pas grand-chose à attendre d'eux. Ce sont presque tous des gens insociables, qui n'ont eu que peu ou point à se louer de la vie. (Luigi Pirandello, dans une lettre à son premier traducteur français, Benjamin Crémieux, vers 1928)
(Fribourg, le 29 mars 2026)
(Critique suivra)
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Pièce en trois actes, 7 rôles: 4H/3F
(Lue au Café du Marché le 25 mars 2026)
Avril 1912: soirée de fête au sein de la riche famille des Birling, industriels opulents et condescendants. Le père, Arthur Birling, est fier de célébrer le mariage entre sa fille Sheila et Gerald Croft, le fils de son plus important compétiteur. Mais un mystérieux inspecteur de police s'annonce lors de cette réunion de famille afin d'annoncer aux présents qu'une jeune fille a été retrouvée morte après avoir bu un fort désinfectant: apparemment, un suicide tragique. L'inspecteur se met à interroger un par un et minutieusement tous les convives. Le passé douteux des Birling resurgit au fil de ces interrogatoires et la façade de leur vie confortable commence à se fissurer, révélant des préjugés enracinés et des secrets. Les spectateurs découvriront alors que tous les membres de cette "bonne famille" auraient eu des raisons et la possibilité de tuer la malheureuse jeune fille. La culpabilité de tout un chacun devient le ressort de cette tragi-comédie aux ficelles efficaces que l'énigmatique inspecteur se plaît à tirer.
Dans la pièce captivante de J.B. Priestley, "Un inspecteur vous demande", le spectateur est entraîné dans une exploration saisissante de la responsabilité sociale et de la responsabilité morale, dans le contexte d'une famille britannique prospère au début du XXe siècle. Alors que les personnages sont confrontés un par un aux conséquences de leurs actions, Priestley critique habilement l'égoïsme de l'individualisme et défend l'interconnexion de la société, nous poussant à réfléchir à nos propres obligations éthiques envers autrui.
"Un inspecteur vous demande" fait partie, et est probablement la plus fameuse, des pièces connues sous le nom de "Time Plays" (pièces sur le temps) de J.B. Priestley. Ces pièces, toutes écrites dans les années 1930 et 1940, sont ainsi nommées parce que chacune construit son intrigue autour d'un concept particulier du temps. Dans ces pièces, diverses théories sur le temps deviennent un élément central de la mise en scène, la vie des personnages étant influencée par leur réaction face au paysage temporel inhabituel auquel ils sont confrontés.
John Boynton (J.B.) Priestley était un dramaturge, romancier et essayiste anglais de renom, né le 13 septembre 1894 à Bradford, dans le Yorkshire. Célèbre pour son regard aigu sur la société et son exploration des thèmes moraux, Priestley a reçu des éloges pour ses œuvres qui critiquent souvent le paysage socio-politique de son époque. Sa carrière littéraire s'est étendue sur plusieurs décennies, au cours desquelles il a écrit de nombreuses pièces, dont la célèbre "Un inspecteur vous demande", jouée pour la première fois en U.R.S.S. en 1945, puis en 1946 en Grande-Bretagne, qui reflète son souci de la responsabilité sociale et de l'interconnexion des vies humaines. Ferme défenseur du socialisme, Priestley a également participé aux débats politiques, particulièrement après la Seconde Guerre mondiale, utilisant son écriture pour remettre en question les normes sociétales et inspirer le changement. Son mélange unique de réalisme et d'éléments surnaturels, ainsi que ses caractérisations saisissantes, ont cimenté son héritage comme l'un des dramaturges les plus importants du XXe siècle. Priestley mourut de pneumonie le 14 août 1984, un mois avant son 90ème anniversaire, à son domicile près de Stratford-upon-Avon, où naquit quelques quatre siècles plus tôt un certain William Shakespeare.
(Fribourg, le 19 mars 2026)
(Critique suivra)
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Pièce en quatre actes (oui, il paraît qu'il y a un quatrième acte! 😉), 8 rôles: 4H/4F
(Lue au Café du Marché le 18 mars 2026)
Durant un été russe, la visite d’un ancien professeur et de sa jeune et belle épouse, Élena, dans une propriété rurale. Deux amis, Ivan Voïnitski (l’oncle Vania), le frère de la première femme du professeur, qui a longtemps géré la propriété, et Astrov, le docteur local, tombent tous deux sous le charme d’Élena, tout en déplorant l’ennui profond de leur existence provinciale.Sonia, quant à elle, née du premier mariage du professeur, souffre de son manque de beauté et de ses sentiments profonds envers le docteur Astrov. Une grave crise survient lorsque le professeur dévoile son intention de vendre le domaine…Des espoirs contrariés, des vies gâchées, du temps perdu: chaque personnage porte en lui le germe de frustrations et d’illusions sur l’amour et la richesse.
Tchekhov (à vos souhaits!) avait écrit en 1889 une première pièce, "Le Sauvage ou l’Esprit de la forêt", dont le personnage principal, sous le nom de Khroutchev, était une figure prototypique d’Astrov: un médecin passionné d’écologie, homme vertueux et rigoureux. L’histoire, centrée sur l’adultère, montrait Vania séduisant pour de bon l’épouse du professeur, mais se suicidant après la dénonciation de Khroutchev; celui-ci épousait Sonia… "Oncle Vania" reprend les personnages, mais simplifie à l’extrême l’intrigue: Élena ne cède ni à Astrov, ni à Vania; le suicide de celui-ci n’est plus qu’une velléité sans réalisation… en revanche, le personnage d’Astrov s’est enrichi: moins vertueux, plus cynique, il est aussi plus désespéré.
"Oncle Vania" paraît en 1897, dans un recueil de pièces; elle sera jouée pour la première fois le 26 octobre 1899 au théâtre artistique de Moscou, avec Olga Knipper, la future femme de Tchekhov, dans le rôle d’Élena. Elle ne rencontra pas un succès immédiat, au point que Tchekhov écrira à son frère:
Mon Oncle Vania est joué dans toute la province. On peut vraiment dire, le succès est imprévisible. Je ne comptais pas du tout sur cette pièce.
Aujourd'hui non seulement cette pièce est considérée comme emblématique de l’œuvre de Tchekhov, mais elle est également une des œuvres les plus importantes de la littérature russe. Elle a été sans cesse reprise, citée et même parodiée.
Notamment, Terry Pratchett dans son roman "Le Cinquième éléphant" de 1999 inclut un pastiche des pièces de Tchekhov dans lequel "le pantalon lugubre et dénué de sens de l'oncle Vania" est prêté au capitaine Vimaire.
La Reduced Shakespeare Company a aussi produit une mémorable version (très) fortement abrégée de cette pièce pour la BBC en 2010. Elle ne contenait que trois répliques:
- "Are you Uncle Vanya?" - "I am." [Gunshot sounds] - "Ouch!"
(Fribourg, le 12 mars 2026)
(Critique suivra)
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Comédie (un peu farce aussi) en deux actes, de 6 à 7 rôles: 5-6H/1F mais les genres ne sont pas importants
(Lue au Café du Marché le 11 mars 2026)
Dans un commissariat de Milan, un anarchiste tombe «accidentellement» du quatrième étage d’un commissariat. L’enquête conclut à un suicide. Quelques semaines plus tard, un fou est interrogé dans ce même commissariat. Ce «Fou» va se livrer à une saisissante contre-enquête, s’employant avec force déguisements et subterfuges à reconstituer la scène de l’assassinat, forçant les aveux des agents de police et du commissaire présents le soir du drame.
Malheureusement, cette pièce écrite et présentée en 1970 est ancrée dans la réalité. Elle est en effet dédiée à la mort «accidentelle», le 15 décembre 1969, du cheminot anarchiste Giuseppe Pinelli, «tombé» suite à un «malaise actif» d'une fenêtre ouverte du quatrième étage de la préfecture de police de Milan, alors qu'il était interrogé au sujet de l'attentat de Piazza Fontana survenu trois jours plus tôt. Attentat dont on sait aujourd'hui qu'il fut commis par des groupes néo-fascistes, même si personne ne pourra finalement être arrêté pour raisons administratives. Le commissaire Calabresi de la préfecture de Milan sera à son tour assassiné en 1972, en représailles pour le décès de Pinelli, par un groupe d'extrême-gauche. Pour écrire leur pièce, Fo et Rame se sont appuyés sur des documents (procès-verbaux, articles, interviews, etc.), adaptant la forme de la pièce au fur et à mesure que de nouveaux éléments venaient à jour. Cette affaire fit un immense scandale en Italie et en Europe, mettant à jour les méthodes discutables de la police et de la justice italienne de l'époque. Méthodes que Fo et Rame vont dénoncer à plusieurs reprises. Cette comédie valut à Fo plus de quarante procès, au point qu'à un certain moment il déplaça l'action à New York dans les Années '20, l'attachant à un fait divers similaire proche de l'affaire Sacco et Vanzetti.
Dario Fo est né en 1926 dans une famille prolétarienne. Très vite, il s’ouvre à une véritable réflexion politique qui le mènera à 25 ans à commenter l’actualité à la radio avec l’irrévérence et la férocité qui le caractérisent encore aujourd’hui. Peu après, il fonde sa propre compagnie théâtrale, en compagnie de sa femme, Franca Rame, avec laquelle il se permet de fustiger les institutions et les classes dirigeantes durant plus d’un demi-siècle: les attentats meurtriers des années 70, les coups d’états plus ou moins orchestrés par les services secrets, la répression policière, la corruption, l’opération «mains propres», etc… Son théâtre est le reflet de l’histoire récente de l’Italie, et de son engagement dans la lutte des classes, ce qui ne l’empêche pas de recourir à tous les mécanismes du rire et d’y exprimer sa fantaisie surréaliste et son art du théâtre de tréteaux. Un temps compagnon de route du PC italien, il exprime son indépendance en refusant de devenir un instrument de propagande. Rien ne lui sera épargné: censure ouverte, menaces, poursuites pour «délit d’opinion», arrestations abusives, enlèvement de Franca Rame par un commando fasciste... Dans tous ces combats, il se montre un lutteur infatigable dont on retiendra essentiellement la qualité de son œuvre (à la hauteur de son engagement), qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1997 car «suivant la tradition des bouffons médiévaux, il se moque du pouvoir en rendant leur dignité aux opprimés».
(Fribourg, le 5 mars 2026)
Première pièce dans le cycle de lectures du Théâtre de la Cité de Fribourg (TCF) de ce printemps 2026.
En lecture de groupe, cette pièce reste intéressante et amusante, même si elle présente quelques longueurs et lourdeurs pour nos sensibilités contemporaines, plus d'un siècle après sa création. Deux scènes en particulier mériteraient des coupes et des adaptations, afin de les alléger et de porter la durée de la pièce à une longueur plus idoine au public de nos jours.
Le personnage principal d'Isidore Lechat, par contre, reste absolument savoureux dans ses excès! Et le sujet d'un ultra-riche ne regardant à rien ni à personne dans ses affaires, écrasant tout sur son passage, est tristement d'actualité.
Adaptable pour une mise en scène en 2026? Certainement! Mais cela ne serait pas mon premier choix. À garder cependant dans un coin, au cas où...
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Comédie en trois actes, plus ou moins 11 rôles (il y a quelques micro-rôles, quasi de la figuration, en sus): 9H/2F mais on s'en fiche pour une lecture (ceci dit, dans ces vieilles pièces il y a pas mal de possibilités de changer le sexe des personnages: ils étaient juste "par défaut" biaisés sur les rôles masculins)
(Lue au Café du Marché le 5 mars 2026)
Homme d’affaires sans scrupule, Isidore Lechat vit avec sa femme et sa fille Germaine dans son château de Vauperdu, symbole de la domination qu’il exerce sur les êtres comme sur la nature. A la tête d’une fortune colossale, propriétaire d’un journal, il a décidé de se présenter aux élections pour devenir député et entame les manoeuvres pour arriver à ses fins. Pour agrandir sa propriété, Isidore Lechat souhaite marier sa fille Germaine au fils du marquis de Porcellet, son voisin, qu’il tient à sa merci. Parallèlement, Isidore Lechat reçoit deux ingénieurs, Gruggh et Phinck, qui tentent de l’embobiner. Mais le pouvoir écrasant d'Isidore Lechat révélera ses limites face à l'amour et à la mort. Dans un dénouement souvent qualifié de shakespearien, le père accablé et humilié, qui croyait avoir «tout perdu», ne se laissera pourtant pas faire: les affaires sont décidemment les affaires...
Pour illustrer la puissance corruptrice de l’argent, qui permet de tout acheter, Octave Mirbeau place au centre de son oeuvre un brasseur d’affaires, qui résume à lui seul tout un ordre social ne reposant que sur des vols et des meurtres dûment légalisés. Isidore Lechat brasse des millions, caresse des projets «grandioses» à l’échelle de la planète. Il est le prototype des grands prédateurs de l’avenir, qui feront feu de tout bois, diversifieront leurs affaires et cumuleront pouvoir économique, puissance médiatique et influence politique.
(Fribourg, le 26 février 2026)
Bè, che dire? Divorato in due giorni dopo aver visto il film. Nel libro l'accento è molto più portato sulla storia del Dr Kelley che sul processo di Norimberga, ma è una storia di per sè giustamente affascinante e travagliata. Soprattutto è, putrtroppo, un tema che ritorna in forza nello Zeitgeist attuale. Le conclusioni del Dr Kelley ne sono vieppiù agghiaccianti...
Bellissimo e terribile!
"Il primo e il più grande fra i romanzi che raccontano la mafia.' dice il dorso del libro, e non è un'esagerazione. Aggiungerei inoltre che è probabilmente anche il più essenziale.
Ringrazio ancora il mio primo tenente, di radici sicule, per avermelo consigliato un quarto di secolo fa.
Contains spoilers
Donné par un ami, rapidement lu et je le remettrai aussitôt dans une boîte à livres.
Non, ce livre ne m'a pas accroché, mais il a tout de même un point intéressant en sa faveur: l'auteur réussit à nous faire ressentir un peu d'empathie pour le personnage principal, qui pourtant est un criminel.
Il est plutôt bien écrit et pourra certainement plaire à d'autres, mais ce n'est pas le genre de roman noir qui me charme.
A more than honest page-turner, Chris Hadfield can certainly communicate and write compellingly. Being quite a fan of the Apollo era and project, I was rather curious to read this book written by a former astronaut, and in this sense it did not disappoint!
The plot is interesting and the twists well weaved in. I had a bit more difficulty in getting to care for the main character, except in the prologue - perhaps the fact that a lot of the action happened in a separate setting, and that he did not seem to have a major function until the end, did not help. Let's say I do not feel compelled to read another Kaz book.
Nevertheless, it is interesting to read a story set in that era without the usual manicheism. It's not a simple "us vs. them" trope. And the space travel parts have a particular sense of realism about them, being written from an author who experienced some of those sensations as an astronaut himself.
All in all, a good book! I do not know yet if I would reread it again, though.
Contains spoilers
Like many others, I really enjoyed "The Martian" when it came out. I made a pass over Andy Weir's second book, as I heard discordant opinions about it around me. But reading the abstract of "Project Hail Mary", I decided to give it a go.
Well, it turns out (like somebody else already reviewed elsewhere on HC*) that Weir seems to be a one-trick pony as a writer. Don't get me wrong: it's a pretty good trick and he writes nicely: this book really is a page-turner, the plot twists are all here where you expect them!
And that for me seems to be the problem: it's a little bit too expected. However enjoyable as a summer read, and however attaching the character of the alien is, Weir is no A.C. Clarke.
At least for me, once read this book will join the second-hand bins at the local bookshop. It does not call for a re-read. Pity!
See: https://hardcover.app/books/project-hail-mary/reviews/@MrWage
[EDIT: Ivonne TRebbi è deceduta li 2 gennaio 2026 a Saronno]
In seguito ad un incontro con Ivonne, la protagonista di questo libro-intervista, mia moglie ha avuto il piacere di riceverne una copia a lei dedicata da questa donna straordinaria. Ed ecco come mi sono ritrovato a leggere le memorie di Ivonne, la cui mente è ancora acuta ed alerta.
La prima parte del libro è probabilmente la più interessante, ma anche la più dura. Sotto forma d'intervista, essa ricorda il percorso di una ragazza che si è trovata ad entrare a far parte del movimento partigiano durante la liberazione dell'Italia, fu fatta prigioniera, torturata e infine liberata. Sconvolgente!
La seconda parte è forse meno emozionalmente avvincente, poichè ritraccia in modo essenzialmente cronologico il percorso politico, sociale ed anche un po' personale, di Ivonne dopo la guerra. In realtà, io ho provato interesse anche nel leggere questa seconda parte; c'è da dire che però non sono Italiano, e quindi per me parecchi aspetti storici erano una scoperta.
Ivonne: partigiana, politica, Italiana. Ma soprattutto una donna eccezionale che ci offre generosamente la storia della sua vita affinchè le generazioni che seguono la sua non dimentichino certe pagine buie della storia.