Cela commence comme une banale histoire de famille, avec ses drames et ses secrets. Trois personnages prennent successivement la parole : William, le père, Marie-Antonia, la mère, et Johann, enfin, le fils. Comment ne pas s'attacher à ce personnage rebelle, rejeté, et perdu ? Comment ne pas être touché par ses histoires, par sa recherche de l'amour ? Eric Jourdan signe ici un roman très réussi, parait-il le plus personnel. Un grand livre.
J'ai lu ce roman pour la première fois quand j'étais adolescent, après l'avoir emprunté à la bibliothèque que je fréquentais alors régulièrement. Il m'avait marqué, parce que je me retrouvais en partie dans le personnage principal. Je l'avais lu une deuxième fois quelques années plus tard, pendant mes études supérieures. Je l'ai ensuite relu une troisième fois cette semaine et il est probable que ce ne sera pas la dernière fois. Chaque fois, je suis sorti troublé par ma lecture.
Issu d'un milieu modeste, élevé par sa mère, Marc se lie d'amitié avec Philippe, fils parfait d'une famille bourgeoise parfaite. Je parle d'amitié mais cette relation est très vite déséquilibrée : si Philippe est sincère dans son attachement, Marc sombre progressivement dans la jalousie : il envie la place de son camarade au sein de sa famille, celle que lui-même n'a jamais eu.
C'est un roman troublant ; troublant comme l'est le narrateur, à la fois pathétique et inquiétant, humain dans ses sentiments et inhumain dans son comportement. C'est un personnage auquel je n'ai pas eu de difficulté à m'identifier, et cela en devient troublant puisque cela me met face à mes propres névroses, mes propres failles. Cette troisième lecture a peut-être été encore plus éprouvante et riche en émotions que les deux premières : j'étais jadis plus jeune, moins réceptif, plus attaché au récit au premier degré qu'aux réflexions du narrateur et de l'auteur sur la famille, l'amitié, les classes sociales. C'est un roman déroutant mais splendide, l'un de ceux qui m'ont le plus marqués au cours de ma vie. Il continue à m'accompagner, de l'adolescence à l'âge adulte, avec mes souvenirs, mon vécu.
Leto et Ghanima, les enfants jumeaux de Paul Muad'Dib Atreides et de Chani ont grandi. Leur tante Alia assure la régence. Leur grand-mère Jessica revient sur Arrakis après plusieurs années de retraite sur Caladan. Quant aux héritiers de l'ancien empereur Shaddam de la famille Corrino, ils complotent pour reprendre le trône impérial. C'est dans ce cadre que débute le troisième volet du cycle de Dune. Le récit est passionnant, jusqu'au final, surprenant et haletant. Quel plaisir !
Dans la série « je regarde ou lis des trucs qui ne sont pas de mon âge », mon dernier méfait est une tétralogie de romans dont je viens de lire le premier volume : Le Cas Jack Spark, saison 1 : Eté mutant.
Victor Dixen, l'auteur, a semble-t-il été victime d'une expérience traumatisante dans un parc d'attractions quand il était enfant et souffre depuis de troubles du sommeil. Cela lui a clairement servi d'inspiration pour inventer Jack Spark, le héros et narrateur de ce roman.
Jack est un adolescent de quinze ans qui souffre d'insomnie depuis sa naissance et ressent en permanence une grande fatigue. Cette année, au lieu de passer l'été avec son grand-père comme il en a l'habitude, ses parents décident de l'envoyer à Redrock, un camp de vacances dans le Colorado. Jack y fait la connaissance des autres pensionnaires et découvre vite que chacun de ses camarades souffre d'un mal particulier : Sinead, une kleptomane, et son petit frère Kevin qui est énurétique (il fait pipi au lit, en bon français) ; Josh qui vient de faire une tentative de suicide ; Ti-Jean, obsédé par la propreté, et d'autres que je ne citerai pas en détail ici. Les adolescents sont encadrés par le docteur Krampus, sa famille et plusieurs moniteurs, tous plus étranges les uns que les autres et dont les intentions à l'égard des pensionnaires ne semblent pas si bonnes que leurs parents le croyaient ...
Le roman commence comme un roman classique pour adolescents (Jack tombe très vite amoureux de la belle et caractérielle Sinead ...) mais bascule progressivement vers la fantasy, au fur et à mesure que Jack voit les mutations transformer son corps et qu'il prend conscience des pouvoirs qu'il est en train d'acquérir. Quoi ? Un adolescent qui voit son corps changer et qui s'inquiète ? Comme c'est original ;-) Derrière son vernis sympathique de fantasy, cela reste un roman sur l'adolescence, avec l'éveil des sentiments, du désir, et les rites de passage (le premier baiser, auquel nous avons évidemment droit ici). Pour ne pas gâcher notre plaisir, nous avons même droit à un personnage homosexuel, et c'est suffisamment bien amené pour être signalé.
L'intrigue elle-même est sympathique, sans plus. Le final est spectaculaire, comme il se doit, mais ce n'est finalement pas ce que j'ai le plus apprécié dans ce premier volume. Plus que l'histoire principale sur les élèves de Redrock et leurs drôles de tortionnaires, j'ai préféré découvrir les personnages, suivre leur évolution et leurs relations, et l'analogie entre les découvertes de Jack sur ses mutations et les problématiques classiques d'un adolescent de son âge. Tout est parfaitement résumé à la fin du dernier chapitre :
Je ne suis sûr que d'une chose : j'ai changé.Et mes compagnons aussi. Chacun à notre manière, nous nous sommes transformés, révélés durant ces vacances. Malgré nos peurs et nos colères, en dépit de nos désirs contrariés et de nos aspirations déçues – ou peut-être grâce à eux -, nous avons grandi.[...]A présent que l'été s'achève, nous le pressentons, une nouvelle saison de responsabilités commence : il ne s'agit pas de nous sauver, mais de sauver le monde. Nous savons que pour nous, rien ne sera plus comme avant.Nous ne sommes plus des enfants.Humain ou Fé, qui peut dire quels adultes nous deviendrons ?En attendant, nous sommes tous des mutants.
Un ami m'avait conseillé Le bizarre incident du chien pendant la nuit il y a quelques mois, je l'ai acheté la semaine dernière et je l'ai dévoré en quelques jours. Publié en 2003, il s'agissait du premier roman pour adultes du romancier britannique Mark Haddon, également auteur de plusieurs livres pour enfants.
Qui a tué Wellington, le grand caniche noir de Mme Shears, la voisine ?
Christopher Boone, « quinze ans, trois mois et deux jours », décide de mener l'enquête. Christopher aime les listes, les plans, la vérité. Il comprend les mathématiques et la théorie de la relativité. Mais Christopher ne s'est jamais aventuré plus loin que le bout de la rue. Il ne supporte pas qu'on le touche, et trouve les autres êtres humains ... déconcertants.
Quand son père lui demande d'arrêter ses investigations, Christopher refuse d'obéir. Au risque de bouleverser le délicat équilibre de l'univers qu'il s'est construit ...
Je trouve que les nombres premiers sont comme la vie. Ils sont tout à fait logiques, mais il est impossible d'en trouver les règles, même si on en consacre tout son temps à y réfléchir.
Publié en 2000, Un goûter d'anniversaire de l'auteur français Jean-Paul Tapie m'attendait dans ma bibliothèque depuis plusieurs années. Je l'avais sans doute acheté à la librairie Les Mots à la Bouche avant de le mettre de côté et de l'oublier sur une étagère.
L'histoire avait tout pour me plaire :
Alors qu'il n'a encore jamais touché un corps d'homme, le jeune Jérôme Peyral sait déjà qu'il est homosexuel. Tout en lui le lui dit : ses loisirs, ses rêves, et surtout son attirance pour son professeur de français, le beau monsieur Langlois. Plus le temps passe et plus s'affirme sa différence. Il ne partage ni les mêmes goûts ni les mêmes plaisirs que ses camarades de classe qui trouvent en lui un souffre-douleur idéal. Le voici mis à l'écart, dénigré, ridiculisé en permanence. Même sa famille finit par le laisser tomber.
Dès lors, commence pour Jérôme Peyral le long supplice de l'humiliation en même temps que l'apprentissage douloureux de l'affirmation. Jusqu'au jour où surgit l'idée de se venger enfin de tous ceux qui l'ont persécuté. L'adolescent vulnérable décide alors de « tuer la folle en lui » et de montrer à tous qu'on ne se moque pas impunément de « Peyral-la-Pédale ».
J'avais découvert l'auteur américain Peter Cameron avec [b:Année bissextile 17900501 Année bissextile Peter Cameron https://images.gr-assets.com/books/1367950343s/17900501.jpg 261981], un roman sympathique sur des relations amoureuses à la fin des années 80. De cet auteur, il me semble également avoir lu [b:The Weekend 270249 The Weekend Peter Cameron https://images.gr-assets.com/books/1173299925s/270249.jpg 1928283], qui ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, et Au beau milieu des choses, un recueil de nouvelles. De ces trois livres, j'avais gardé un souvenir agréable mais insuffisant pour placer Peter Cameron parmi mes auteurs préférés. Je le considérais jusque là comme un bon écrivain, capable de proposer des romans de qualité honnête mais qui n'avaient rien d'exceptionnel.L'exceptionnel est finalement arrivé avec ce roman dont le titre, déjà, m'a tout de suite plu : Un jour cette douleur te servira. Le résumé, lui aussi, m'a fait espérer le meilleur de ce livre :James Sveck, un New-Yorkais de dix-huit ans, ne se sent en phase ni avec son époque, ni avec son âge et refuse catégoriquement d'entrer à l'université. A l'en croire, seuls le chien et son exquise grande mère le comprennent et l'idée d'acheter une maison au beau milieu de nulle part pour y vivre avec ses livres lui semble la meilleure qui soit.Sa mère, abonnée au divorce, son père, débordé d'importance et sa sœur, préoccupée par son amant, tentent de le raisonner. En vain. James est donc sommé de se rendre chez un psychiatre ; mais c'est dans la galerie d'art extrêmement contemporain tenue par sa mère que les tourments du jeune homme trouveront nom et résolution.La double promesse, du titre et du résumé, est largement tenue. J'ai été pris aux tripes par ce roman, où il ne se passe finalement pas grand chose d'exceptionnel mais qui m'a profondément interpellé.James, le narrateur, est un personnage unique et très touchant. Je m'y suis reconnu en partie, et j'y ai reconnu des proches, passés ou présents ; ceci explique sans doute en grande partie que ce roman m'ait touché à ce point. Tout au long du récit, du haut de ses dix-huit ans et avec un mélange de sagesse, de naïveté, de cynisme, et de désespoir, il nous entraîne dans ses pensées et nous livre ses réflexions sur le monde, sur la société, et sur ses difficultés à y trouver sa place.Ce roman nous présente ainsi un personnage perdu et malheureux sans en comprendre la raison. C'est un adolescent qui ne sait pas ce qu'il veut faire de sa vie, et qui ne sait même plus s'il veut continuer à vivre. Ses rencontres avec le psychiatre, qui donnent lieu à de terribles duels verbaux, sont passionnantes mais ne livrent pas de secret phénoménal qui expliquerait le comportement de James.Vous l'aurez compris, ce roman m'a beaucoup plu et risque de me marquer pendant un moment. Je crois que j'aurai plaisir à le relire dans quelques mois, pour voir si une deuxième lecture me fera le même effet.
Pendant quelques années, quand je vivais encore à Paris, j'avais pris l'habitude tous les deux ou trois mois de faire un tour à la librairie Les mots à la bouche pour faire le plein de bouquins sans tomber sur les best-sellers – qui m'intéressent rarement – mis en avant à la FNAC. C'est lors d'une visite dans cette boutique en plein coeur du Marais que j'ai découvert et acheté Un ange est passé, de l'auteur irlandais Frank Ronan.
Le résumé sur la quatrième de couverture avait tout pour me plaire :
Dans un collège irlandais, deux jeunes gens, John G. Moore et Godfrey Temple, font connaissance. Entre le fils du propriétaire terrien et l'aristocrate désargenté va rapidement se nouer une amitié trouble, alimentée par le désir fasciné de Moore pour un Godfrey Temple aux faux airs rimbaldiens.
Au-delà du sentiment amical, mais aussi pris dans la vie quotidienne, dans les règles de sa société rigide, Moore cherchera avant tout à conserver la présence de son ami, jusqu'à monnayer cette relation.
- A ton avis, je suis fou ? ai-je dit.
- Je n'en sais rien. Tu es très différent des autres. Mais il n'y a pas de mal à cela. Moi je ne t'aimerais pas si tu étais comme eux.
La mémoire neuve est le premier roman, publié en 2003, de l'écrivain français Jérôme Lambert, également auteur de plusieurs romans jeunesse pour L'Ecole des Loisirs, dont Tous les garçons et les filles que j'avais lu il y a quelques années. Celui-ci pourrait également passer pour un roman pour adolescents :
Ils sont cinq cousins à l'orée de l'adolescence, inséparables comme des chiots, grognant comme une meute à l'approche des intrus. Parmi eux, Julien est particulièrement lié à Sylvain, dont il partage les nuits sous la tente et un trésor enfoui sous les pins. Jusqu'à cet été où Clément apparaît ...
Les mystères de Pittburgh, publié en 1987, est le roman par lequel s'est fait connaître l'écrivain américain Michael Chabon, à qui l'ont doit également Des garçons épatants en 1995 (dont est tiré le film Wonder Boys), Les Extraordinaires Aventures de Kavalier et Clay (en 2000), et La Solution finale (en 2004).
Dans ce premier roman en partie autobiographique, Michael Chabon nous raconte l'été qui va changer la vie d'Art Bechstein, le narrateur du roman :
L'été à Pittsburgh. Dans la chaleur moite de la grande cité américaine, Art Bechstein entame une éducation sentimentale d'aujourd'hui. C'est un pas de deux qui l'attend : entre un charmant garçon, Arthur Lecomte, et une ravissante jeune fille, Phlox Lombardi. Alors les garçons ? Les filles ?
Ainsi la fin des études sonne-t-elle pour Art comme les débuts d'un apprentissage amoureux plein de défis, plaisirs et dangers mélangés. Cet itinéraire le conduit en même aux quatre coins de sa ville comme dans un pèlerinage magique qui va finir par l'ensorceler. Mais la vie de famille et même les amis attendent toujours les héros romantiques au détour d'une rue. Art s'échappera pas à cette loi, et cela ne va pas sans humour !
Armistead Maupin, écrivain américain et ouvertement homosexuel, est surtout connu pour sa saga Les chroniques de San Francisco (Tales of the City en VO). En 2000, il publiait un roman atypique : Une voix dans la nuit (The Night Listener).
A San Francisco, Gabriel Noone, célèbre écrivain et animateur radio, est dans une mauvaise passe. Son compagnon de dix ans, Jess, vient de le quitter. Alors qu'il se débat dans les affres de ce chagrin d'amour, il entame une relation téléphonique un peu particulière avec un jeune garçon de treize ans. Ce dernier, qui voue un véritable culte à Gabriel, lui fait parvenir un manuscrit bouleversant. Victime de ses parents, maltraité, recueilli par une psychologue de Milwaukee, atteint du sida et en phase terminale de la maladie, Pete devient pour Gabriel une sorte de fils par procuration. Cependant, au fil de leur discussion le doute s'insinue : Pete existe-t-il vraiment ou n'est-il que le fruit de l'imagination de quelqu'un d'autre ?
Le roman est prenant et passionnant mais il prend encore plus de profondeur quand on sait que l'histoire est inspirée de celle qu'Armistead Maupin a réellement vécu lors de l'affaire “Anthony Godby Johnson”. Le personnage de Gabriel Noone est très fortement autobiographique, tout comme l'évolution de ses relations avec son père d'une part, et avec son ex-compagnon Jess d'autre part. Même si ce n'est pas le coeur du récit, j'ai apprécié les réflexions de Gabriel sur sa rupture avec Jess et sa façon de ne pas l'accepter.
On note également quelques allusions sympathiques aux Chroniques de San Francisco, la plus remarquable étant la présence dans l'entourage de Gabriel d'Anna, qui évoque son frère jumeau Edgar et sa mère DeDe Halcyon qui partage toujours sa vie avec D'orothea.
La relation entre Gabriel et Pete est incroyable, dans tous les sens du terme. C'est sur ce duo improbable que repose le récit qui nous permet de suivre l'évolution de leur relation et le chemin emprunté par Gabriel, de la curiosité jusqu'au doute. il est parfois difficile de croire à la véracité des événements que nous raconte Armistead Maupin et tout l'un des intérêts de ce roman est justement de faire le tri entre la réalité et la fiction, et ceci avec deux niveaux de lecture : dans l'histoire elle-même, et en tant que récit autobiographique.
J'avais été conquis par ma première lecture il y a quelques années et cette deuxième lecture ne m'a pas déçu. Entre le thriller psychologique et l'auto-biographie déguisée, c'est un livre très fort sur les relations humaines, sur le mensonge, sur le couple et sur la paternité. C'est l'un des livres qui m'a le plus marqué, l'un de ceux qui j'emmènerais avec moi sur une île déserte.
Je ne connaissais absolument pas Arnaud Cathrine avant de tomber par hasard sur son roman Le journal intime de Benjamin Lorca sur le présentoir de mon libraire préféré. Le résumé au dos du bouquin m'ayant plu, je l'ai acheté sans trop me poser de question, sur un coup de tête, comme je le fais souvent quand il est question de littérature.
Pour évoquer la mémoire de l'écrivain Benjamin Lorca, deux amis, un frère et une ex-compagne prennent successivement la parole. Quatre voix qui se complètent ou se diffractent, à rebours des quinze années qui nous séparent de sa mort tragique. La découverte d'un journal intime que le disparu a laissé derrière lui ravive en eux la tentation de saisir enfin cet être si fuyant, égaré, insaisissable. Les quatre narrateurs trouveront-ils une quelconque révélation dans ces écrits jamais publiés? L'envers d'une personnalité, la face cachée de Benjamin? Tous ne prendront pas la même décision – trahir ou non cette intimité posthume – mais chacun découvrira en chemin quelques vérités sur lui-même, plus ou moins apaisantes.
A mon cœur défendant est le troisième roman de Thibaut de Saint Pol. Après N'oubliez pas de vivre qui nous faisait découvrir l'univers à part des classes préparatoires aux grandes écoles, et Pavillon Noir qui nous plongeait dans un hôpital psychiatrique, le jeune auteur s'attaque cette fois à un autre sujet lourd : la France sous l'Occupation.
Juin 1940 : la Wehrmacht est aux portes de Paris. La victoire allemande est imminente, mais elle ne sera totale, aux yeux du Führer, qu'après la destruction du document original du traité de Versailles, souvenir cuisant de la défaite de 1918.
Au péril de sa vie, une jeune employée du Quai d'Orsay reçoit la mission de tout faire pour sauver le précieux parchemin, relique inestimable de l'honneur de la France. Traquée par un officier allemand, Madeleine fuit à travers le pays dévasté. De la capitale aux rivages de la Méditerranée, la jeune femme s'engage alors, avec son poursuivant, dans un troublant jeu de piste. Peu à peu, elle verra grandir en elle la confusion du devoir et des sentiments.
Daniel Glattauer est un journaliste et écrivain autrichien, né à Vienne au tout début des années soixante. Quand souffle le vent du nord était en 2006 son septième roman publié en allemand, mais c'est seulement le premier traduit dans la langue de Molière. Au vu de ce que je viens de lire, c'est bien dommage car sa bibliographie recèle sans doute d'autres pépites qui mériteraient de toucher un lectorat plus large.
L'histoire de ce roman m'a tout de suite séduit lorsque j'ai lu la quatrième de couverture dans les rayons de mon agitateur culturel préféré :
Un message anodin peut-il bouleverser votre vie ?
Leo Leike reçoit par erreur un mail d'un inconnue, Emmo Rothner. Poliment, il le lui signale. Elle s'excuse et, peu à peu, un dialogue s'engage, une relation se noue. Au fil des mails, ils éprouvent l'un pour l'autre un intérêt grandissant.
Leo écrit : « Vous êtes comme une deuxième voix en moi qui m'accompagne au quotidien. »
Emmi admet : « Quand vous ne m'écrivez pas pendant trois jours, je ressens un manque. »
Emmi est mariée, Leo se remet à grand-peine d'un chagrin d'amour. De plus en plus attirés l'un par l'autre, Emmi et Leo repoussent néanmoins le moment fatidique de la rencontre ...
Lorsque j'ai découvert le résumé de ce roman de Perry Moore, j'ai été totalement emballé. Le synopsis réunit en effet des ingrédients qui ne peuvent que me plaire : un adolescent homosexuel, dont le père – ancien super-héros – est en disgrâce depuis un terrible accident, découvre qu'il possède des super-pouvoirs et rejoint une équipe de jeunes héros alors que leurs aînés sont assassinés les uns après les autres par un mystérieux assassin.
Si j'étais impatient de lire ce livre, j'étais également un peu inquiet car les super-héros ne sont pas un thème très courant dans les romans et j'avais quelques craintes sur le passage du format comics à un texte purement littéraire. Je n'ai pas été déçu. Le rythme du récit est très bien dosé, on passe de scènes d'action dignes des meilleurs comics à des moments plus intimistes sur la vie de Thom, le jeune héros. Si l'histoire n'est pas originale, elle se déroule naturellement révèle même quelques surprises : j'ai par exemple été étonné par l'identité de l'assassin. On retrouve en tout cas des éléments forts des comics : une Ligue de super-héros avec de jeunes super-héros en apprentissage sous l'oeil inquisiteur de leurs aînés, des super-vilains pathétiques. L'auteur s'est amusé à inclure de nombreuses références aux comics les plus connus : l'un des personnages est par exemple une copie quasi-conforme de Superman. Dans le même temps, il détourne aussi quelques clichés mais je n'en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte.
Au-delà du roman de super-héros, c'est aussi un récit touchant sur un adolescent qui découvre sa sexualité, qui découvre aussi l'amour et essaye de se faire accepter par ses proches. C'est parfois un peu naïf mais il y a aussi des scènes plus subtiles comme le premier baiser de Thomas avec un inconnu, loin du cliché que je craignais sur le « grand amour » rencontré dès la première aventure. J'ai trouvé que la relation entre Thom et son père était traitée avec beaucoup de réalisme ; on sent l'affection qui les lie, tout en mesurant leurs différences. Sans angélisme, Hero nous présente la vie d'un jeune homo dans une Amérique qui a encore des progrès à faire en matière de tolérance. Pour ne rien gâcher, d'autres thèmes, comme la maladie et le handicap, sont également évoqués avec des personnages secondaires qui gravitent dans l'environnement du héros.
La fin du roman laissait penser qu'une suite est possible, mais l'auteur est malheureusement décédé avant que cela puisse se concrétiser.
Se résoudre aux adieux est l'un des romans de Philippe Besson qui m'avait le plus marqué lors de ma première lecture, même si ce n'est pas mon préféré de cet auteur (En l'absence des hommes et Un homme accidentel se disputent la plus haute marche du podium). Comme la quatrième de couverture l'indique clairement, Philippe Besson donne la parole dans ce roman à une femme quittée par l'homme qu'elle aime :
« Je me perds facilement dans cette ville rongée par la mer, au long de ruelles dont je ne mémorise pas les noms. Si tu me voyais errer au milieu des ruines, tu ne me reconnaîtrais pas. »
De Cuba, d'Amérique ou d'Italie, une femme écrit à l'homme qu'elle aime et qui l'a quittée. Mais ses lettres restent en souffrance.
Je ne peux plus dire « mon amour », ou des choses approchantes, toutes ces expressions niaises qu'on emploie sans en percevoir le ridicule et qu'on répète à l'envi au point de leur ôter leur signification. Tu serais embarrassé si je disais « mon amour », de toute façon. Tu prétendrais que je ne suis pas guérie.
Un aveu : je ne suis pas guérie. Mais les malades doivent avoir l'élégance de ne pas indisposer les bien-portants, on leur sait gré de dissimuler leur mal.
Je voulais aussi le décalage horaire, un écart comme une rupture. Une différenciation du temps. Une différence à nos montres qui accentue encore la distance. J'ai vraiment cru que de trafiquer mon horloge, de ne pas vivre à la même heure que toi, d'être déconnectée de ta réalité me seraient d'un grand secours. Je suis obligée de reconnaître que, sur ce point, je me sus lourdement trompée. Car, sans m'en rendre compte, sans parvenir à m'en empêcher, je me recale en permanence sur toi. Pas une journée ne s'écoule sans que je me dise : quelle heure est-il pour lui ? Et juste après : que fait-il en ce moment ? Qu'a-t-il l'habitude de faire déjà, à cette heure du jour ?
Il faudrait avoir des regrets. Croire que j'aurais mieux fait de me rebeller, mais non, je n'y arrive pas. Si c'était à refaire, je ne changerais rien. Avec toi, quelle qu'aurait été la manière, je n'aurais pu échapper à la souffrance, à la pureté éclatante de la souffrance.
Et puis, j'ai vécu une belle histoire. On est forcément reconnaissant envers ceux qui ne gratifient d'une belle histoire. Ce n'est pas donné à tout le monde. J'ai été heureuse, vraiment. Heureuse et peureuse, au même moment, cela peut paraître étrange. Et le bonheur est passé. La peur, elle, est restée.
« Vous vous êtes tant et si mal aimés, tous les deux ». La phrase est venue comme un coup de grâce. Tombée comme un couperet. J'ai entendu le bruit de la lame quand, après sa course brève, elle sectionne les nuques. Tant et si mal aimés. Peut-on viser plus juste ?
Ainsi va le jeune loup au sang est un roman déroutant, signé par Christophe Donner dont j'avais adoré le livre Un roi sans lendemain.
L'histoire commence à Montparnasse dans les années 60. Le père de Samuel est mort. La mère l'élève comme elle peut, accrochée à sa maison du passage d'Odessa, que la mairie menace d'expropriation. Les gens du quartier tentent de résister mais c'est peine perdue. La mère entre à Sainte-Anne et Samuel rêve de dynamiter la tour dont on achève la construction. En prison, il fait l'apprentissage brutal du sexe et il rencontre des hommes. Des livres, aussi. Sorti de là, il est adopté par un couple étrange dont il devient tout à la fois le fils prodigue et l'ange exterminateur. C'est jusqu'au sang que le rebelle ira chercher la rédemption.
Fidèle lecteur de Philippe Besson depuis son premier roman En l'absence des hommes en 2001, je ne parviens pas à expliquer pourquoi il m'a fallu autant d'années pour lire Les jours fragiles, son cinquième roman publié en 2004. Je l'avais acheté dès sa sortie mais je l'avais mis de côté, pour une raison totalement oubliée depuis. Il est ensuite resté dans ma pile spéciale Philippe Besson, enterré sous ses futures publications aussitôt achetées aussitôt lues. C'est une bizarrerie que j'ai renoncé à m'expliquer mais que j'ai finalement réparée cette semaine. Heureuse initiative, car ce roman fait partie des oeuvres réussies de Philippe Besson !
Elle a grandi dans l'ombre de son frère, surdoué scandaleux. Lorsqu'il a choisi de s'enfuir, elle a appris l'absence et le manque. Aujourd'hui, l'exilé volontaire est de retour de ses lointains voyages et il la réclame. Il ne lui propose que des jours fragiles, fébriles. Elle accepte sans réfléchir. Empêtrée dans ses frayeurs, guidée par un infatigable espoir, Isabelle Rimbaud est enfin prête, à trente ans, à cheminer aux côtés d'Arthur vers l'irréparable.
J'ai accompagné un vivant à la mort. Désormais, c'est ce disparu qui m'accompagne, sur le chemin qui reste à parcourir.
Il y a des livres qui ne payent pas de mine et qui laissent des traces. Ma deuxième peau de l'auteur néerlandais Erwin Mortier en fait indéniablement partie.
J'ai mis du temps à plonger dans ce livre. D'abord, il était sur un étagère dans ma chambre depuis plusieurs mois, dans la pile des livres achetés depuis longtemps et que je lirai quand j'en aurai le temps. Je m'y mis la semaine dernière, quand son tour est venu. Le début est lent, laborieux. Dans les premiers chapitres, l'auteur y réussit le tour de force d'avoir pour narrateur un nourrisson ; c'est joliment fait, on s'y croirait presque, mais le récit n'est pas passionnant. Cela s'améliore par la suite, quand Anton grandit et rencontre Willem, un camarade de classe avec lequel il se lie rapidement. La relation entre les deux garçons est au coeur du roman, même si sa véritable nature n'y est que suggérée, avec beaucoup de subtilité.
La fin m'a pris par surprise, je n'ai rien vu venir alors que le résumé en quatrième de couverture laissait entrevoir une telle issue. J'ai dévoré les dernières pages d'une seule traite, bouche bée. J'ai refermé le livre avec une drôle de sensation mais avec une sérénité dont je ne me serais pas cru capable il y a quelques mois encore. Je le relirai dans quelques mois, calmement, un peu comme un hommage.
Generations of love est un roman qualifié de « best-seller gay en Italie » sur la couverture, lequel l'auteur Matteo B. Bianchi nous relate les aventures, que l'on devine autobiographiques, d'un jeune homosexuel italien. De l'enfance à l'âge adulte, de l'école à la vie active en passant par le lycée et l'université, nous suivons la vie du narrateur, ses rencontres, ses amitiés, et ses amours. C'est rempli de références aux années 70 et 80, même si certaines propres à l'Italie n'ont trouvé leur sens qu'en lisant les notes à la fin du livre. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais c'est drôle, c'est frais, c'est divertissant. Sans grande prétention littéraire, c'est un roman sympathique.
Le journaliste et écrivain allemand Dirk Kurbjuweit signe avec Deux sans barreur un roman magnifique sur l'amitié. Johann et Ludwig ont douze ans quand ils font connaissance et nouent une amitié qui leur lierai jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Nous suivons la vie de ces deux amis, inséparables au point de vouloir être semblables comme seuls des frères jumeaux pourraient l'être.
Le dénouement est sans réelle surprise mais amené avec beaucoup de pudeur et de finesse. J'ai été marqué par ce paragraphe qui reflète bien le style, à la fois simple et profond, du roman :
Bien sûr, Ludwig me manque, mais il ne faut pas croire que j'en serai définitivement accablé. Le deuil est aussi une forme de compagnie, je ne suis jamais seul. Non pas que je parlerais avec Ludwig ou je ne sais quoi, je ne crois pas à ce genre de choses. Simplement, je me demande souvent ce qu'il aurait bien pu penser, faire ou dire maintenant. Je peux être franchement gai dans ces moments-là. Ces derniers temps je ne peux m'empêcher de sourire intérieurement quand je lis quelque chose sur les clones. Je doute fort que les biologistes arrivent jamais à faire ressembler un être humain à un autre comme Ludwig et moi nous sommes ressemblés.
Après Trois coeurs qui m'a beaucoup beaucoup plus, Eric Jourdan nous propose Le jeune soldat, un nouveau roman décrit comme « scandaleux » par l'éditeur sur la quatrième de couverture.
Il y a en effet un parfum de scandale dans ce récit qui tourne autour d'une histoire d'inceste dans une famille issue de la bourgeoisie de province. Il y a aussi l'humanité de François, le personnage principal, le « jeune soldat » du titre. Nous suivons dans ce roman sa rencontre dans des circonstances particulières avec une étrange famille et sa quête pour y trouver sa place.
Ce n'est peut-être pas son plus beau roman, mais Eric Jourdan nous parle de désir, d'amour, et de la peur de vieillir. Comme toujours, il le fait avec talent, passion, et un brin de provocation.