Un récit sympathique sur des gens simples emportés par une situation exceptionnelle : le gain du gros lot à l'Euromilions. Quelques clichés, mais quelques surprises également. J'ai passé un bon moment en lisant ce roman. Peut-être moins bon que son premier roman “L'écrivain de la famille”, mais tout de même sympathique.
Une fois de plus, Philippe Besson nous entraine dans la vie de personnages tourmentés et marqués par l'absence, le manque, la mort. Nous suivons alternativement les récits de Laura et de Samuel, chacun s'exprimant pendant un ou deux chapitres avant de redonner la parole à l'autre. Le récit tient sur une seule journée, celle de l'élection de Barack Obama, et tandis que l'Amérique vit un jour historique, il ne se passe finalement pas grand chose dans le roman. Bien sûr, Samuel assiste aux funérailles de son fils et Laura a choisi ce jour pour se donner la mort, mais les événements s'enchainent sans bruit, sans passion. Il y a comme une routine inéluctable tout au long du roman. C'est d'autant plus vrai pour le récit de Laura qui vit une journée presque ordinaire. C'est sûrement pour cela que j'ai été plus emporté par celui de Samuel, ce père meurtri par la mort de son fils de dix-sept ans.
Les routes de Laura et Samuel finissent par se croiser à deux reprises pendant le roman, une première fois de façon assez anecdotique au milieu du récit et une seconde fois, plus importante, à la fin. Cette rencontre parait elle aussi inéluctable, presque artificiellement construite. C'est sans doute le principal reproche que je ferais à ce roman. J'ai pris beaucoup de plaisir à le lire, mais j'ai tout de même regretté qu'il soit si prévisible, comme un exercice de style que l'auteur se serait imposé. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de reconnaitre Philippe Besson sous les traits de cet écrivain français qui fréquente le café où travaille Laura, et d'imaginer que ce roman a vu le jour dans l'esprit de l'auteur lors de son séjour aux Etats-Unis où il aurait croisé une “Laura “ et un “Samuel” et aurait alors imaginé leur vie et cette journée particulière.
Malgré ce défaut, le roman reste plaisant à lire. Philippe Besson a toujours le don de mettre des mots sur les émotions et de parler toujours aussi justement du manque, de l'absence, du deuil. C'est assez étonnant de le voir en parler dans chacun de ses romans en trouvant des situations originales et des mots différents. J'ai noté trois ou quatre passages dans celui-ci qui m'ont interpelé et m'ont fait me dire “oui, c'est exactement ça”. Sans atteindre l'émotion suscitée chez moi par En l'absence des hommes ou Un homme accidentel, ce roman trouve une nouvelle fois les mots justes. Pour cette raison au moins, ce nouveau roman complète parfaitement l'oeuvre déjà bien riche de Philippe Besson.
Hey, Nostradamus ! est un roman de l'auteur canadien Douglas Coupland, également connu pour Génération X et Toutes les familles sont psychotiques que je suis bien tenté de lire également.
Publié en 2003, ce roman est centré sur un massacre fictif dans un lycée canadien, similaire à la fusillade du lycée Columbine en avril 1999. Hasard du calendrier, ce roman a été publié la même semaine que la sortie du film Elephant de Gus Van Sant qui s'inspire lui aussi des mêmes faits.
Le livre est composé de quatre parties de taille inégale :
- les cinquante premières pages se déroulent en 1988 et donnent la parole à Cheryl, jeune victime de la fusillade qui nous raconte les dernières heures de sa vie
- la deuxième partie, la plus longue avec plus de cent trente pages s'ouvre en 1999 : onze ans après le massacre qui a coûté la vie de sa petite amie Cheryl et pour lequel il a été injustement mis en cause, Jason tente toujours de faire le deuil
- dans la troisième partie, trois ans plus tard, Heather nous narre sa rencontre avec Jason et la difficulté de partager la vie d'un homme anéanti
- enfin, les vingt dernières pages sont relatées par le père de Jason, Reg, un intégriste religieux abandonné par ses proches
Il n'y a pas de surprise dans ce roman. N'y cherchez ni suspense, ni action, ni grandes histoires romantiques, ni mélodrames familiaux. Vous y trouverez par contre le portrait de personnages parfaitement humains et le tableau de sentiments tout autant humains. Des thèmes universels comme la mort, le deuil, l'amour, la religion et la famille y sont abordés avec beaucoup de justesse par le biais des états d'âme des quatre narrateurs successifs.
Individuellement, les personnages ne sont pas vraiment attachants : Cheryl a tout de la lycéenne ennuyante et trop parfaite pour être sympathique, Jason ferait passer Calimero et Droopy pour des modèles d'enthousiasme et de positivisme, Heather est peut-être la moins déplaisante des quatre (quoique ... ) et Reg est tout simplement détestable. Pourtant, j'ai suivi leurs vies et leurs réflexions avec beaucoup d'intérêt. Ca m'a parlé, tout bêtement.
C'est un bon roman, indéniablement. De quoi donner envie de découvrir les autres romans de cet auteur. Quand je les aurai achetés et que j'aurai terminé ceux qui attendent déjà sur la pile qui trône sur mon bureau ...
Le printemps des pères est le second roman d'Henri Husetowski. Au printemps 1942, Ludovic croit voir son meilleur ami Gaëtan sauter d'une falaise. Pendant la semaine qui suit, alors que les recherches battent leur plein, il s'enfonce dans le mensonge en gardant ce lourd secret. En pleine adolescence, sa vie bascule – comme son ami au bord de cette falaise. C'est un beau roman, c'est une belle histoire, comme le dit la chanson. Plus sérieusement, le récit est parfois maladroit mais l'émotion reste latente sous les petites histoires du quotidien. Dans le cadre de l'Occupation souvent utilisé en littérature, l'adolescent grandit, fait des rencontres, et découvre le deuil. Ce n'est pas le meilleur roman sur ce thème, mais c'est l'un des « bons ».
Publicitaire, l'auteur nous livre un récit que l'on devine autobiographique : on suit l'enfance, l'adolescence et la vie adulte d'Edouard, proclamé poète de génie à l'âge de sept ans par ses parents mais qui n'a ensuite jamais accompli les promesses de ce talent précoce. Du pensionnat où il est envoyé à l'adolescence jusqu'à son travail de publicitaire en passant par ses tentatives ratées de devenir écrivain, il traverse une vie agitée de toute part et nous parcourons avec lui les années soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Le narrateur m'a semblé antipathique mais je me suis attaché à son histoire et à ses proches. Il y a quelques beaux très moments dans ce roman, en particulier celles qui concernent le frère cadet d'Edouard, ou la dernière scène avec ses parents. Vous me pardonnerez ce raccourci un peu facile, mais ce roman qui nous raconte une vie plutôt ratée est quant à lui plutôt réussi.
Peut-être ma révélation depuis l'année 2007. Un très bon souvenir en tout cas.
Nous y suivons un double récit : celui de la vie du jeune Thomas Elek, dit Tommy, lycéen, juif hongrois, jeune résistant et membre du groupe Manouchian ; et celui du tournage d'un film sur Tommy, dont les traits sont interprétés par Gabriel, un jeune lycéen parisien qui va être fasciné par le jeune homme qu'il doit incarner devant la caméra. Le narrateur, réalisateur du film, va s'attacher à Gabriel et assister à sa descente aux enfers sans pouvoir – ou vouloir ? – intervenir.
Si le récit contemporain est intéressant et donne du reflet au reste, c'est surtout le destin de Thomas Elek qui m'a marqué. Bien moins connu qu'un Guy Môquet dont nous avons beaucoup entendu parler ces dernières années, « Tommy » reste un personnage incroyable et mémorable. Comme ce livre, sublime.
Journaliste quinquagénaire, Jérome Garcin s'adresse dans ce roman à Olivier, son frère jumeau décédé à l'âge de six ans. Il nous raconte la perte et la vie sans son « double » auquel il s'adresse directement tout au long du livre. Je n'ai pas particulièrement accroché au style de l'auteur, qui a parfois tendance à s'écouter parler (ou plutôt écrire, mais l'ensemble est touchant. Cela en fait un roman pas tout à fait inoubliable mais suffisamment marquant pour que j'ai envie de le relire dans quelques mois ou quelques années. C'est déjà un bon signe.
Jeune magistrat stagiaire à Berlin, l'auteur a vécu de près la montée du nazisme avant de s'exiler quelques mois avant le début de la Seconde Guerre Mondiale. Après avoir vécu seize ans en Angleterre, il est rentré en Allemagne en 1954 où il poursuivit sa nouvelle carrière de journaliste et d'historien.
Dans ce récit autobiographique, Sebastian Haffner nous raconter son enfance pendant la Première Guerre Mondiale, son adolescence sous la République de Weimar et ses débuts dans la vie active sous le nouveau régime nazi. Sans concession pour ses compatriotes et pour lui-même, il tente d'expliquer comment l'Allemagne s'est donnée aux nazis.
C'est un témoignage, personnel, éclairé et sans angélisme, sur la naissance du Troisième Reich. J'ai trouvé cela passionnant et différent de toute la littérature déjà vue et lue sur cette période. A lire pour ceux qui s'intéressent à cette époque sombre de l'Histoire.
Enfin de la fantasy qui change de l'ordinaire !
D'autres auteurs, bien sûr, ont également innové et apporté de l'air à un genre marqué par de nombreux stéréotypes. Cela reste rare, malheureusement, et il convient donc de saluer l'effort d'Olivier Peru avec ce très bon roman intitulé, tout simplement, “Druide”.
Cela commence doucement, sans trop de surprise, avec un druide et ses deux apprentis qui enquêtent sur de terribles et mystérieux meurtres qui menacent de déclencher une guerre entre les deux nations ennemies du continent. Cela commence doucement, disais-je, mais cela finit par basculer pour sortir de l'ordinaire. Cela devient vraiment plaisant à lire, et totalement prenant. Si les cent ou deux cent premières pages m'ont semblé longues, j'ai dévoré la suite à toute vitesse.
Mi-polar et mi-fantasy classique, Druide est un très bon roman, passionnant et novateur.
Le Fils est le premier roman de Michel Rostain, un metteur en scènes d'opéra qui a dirigé la Scène Nationale de Quimper de 1995 à 2008. C'est pendant cette période qu'il a perdu son fils âgé d'une vingtaine d'années, expérience à l'origine de ce roman sur le deuil des parents face à la disparition de leur enfant adulte.
Le onzième jour après ma mort, Papa est allé porter ma couette à la teinturerie. Monter la rue du Couédic, les bras chargés de ma literie, le nez dedans. Il se dit qu'il renifle mon odeur. En fait, ça pue, je ne les avais jamais fait laver ces draps ni cette couette. Ça ne le choque plus. Au contraire : subsiste encore quelque chose de moi dans les replis blancs qu'il porte à la teinturerie comme on porterait le saint sacrement. Papa pleure le nez dans le coton. Il profite. Il sniffe encore un coup la couette, et il pousse enfin la porte du magasin.
Papa ne peut plus traîner. Condoléances, etc. Le teinturier – re-condoléances, etc. – débarrasse papa de la couette. Papa aurait voulu que ça dure, une file d'attente, une livraison, une tempête, juste que ça dure le temps de respirer encore un peu plus des bribes de mon odeur. Papa se dépouille, il perd, il perd.
Après avoir dévoré et adoré “L'ombre du vent” de Carlos Ruiz Zafon, je me suis plongé dans “Le jeu de l'ange” du même auteur.
Dès les premières chapitres, je n'étais pas perdu : j'ai retrouvé l'univers si particulier de l'auteur espagnol, mêlant des personnages passionnés de littérature, des histoires d'amour, une bonne dose d'enquête policière, et un soupçon de fantastique.
Malheureusement, le résultat est moins exaltant et enthousiasmant que dans “L'ombre du vent”. Sans doute parce que celui-ci ressemble trop au précédent mais n'arrive jamais à l'égaler. J'ai eu l'impression que l'auteur s'était contenté de réutiliser les mêmes recettes mais sans rien apporter de vraiment nouveau. Il va même jusqu'à réutiliser des personnages de “L'ombre du vent” : ça commence comme un clin d'oeil sympathique, mais cela finit comme une tentative un peu désespérée de se raccrocher au succès - mérité - de son chef d'oeuvre.
Malgré tout, ce roman se laisse lire. Le suspense est bien présent et même si j'ai jamais vraiment réussi à me passionner pour les aventures et le destin du narrateur, j'ai lu sans peine les six cent pages du récit.
J'ai lu Retour parmi les hommes quelques jours à peine après son arrivée en librairie. Ce n'est pas peu dire que d'affirmer que j'attendais ce roman avec impatience. Depuis l'annonce de sa publication quelques mois plus tôt, en fait. Ou même, si on remonte plus loin : dix ans plus tôt, quand j'avais refermé En l'absence des hommes. Celui-ci est en effet la « suite » du premier roman de Philippe Besson, publié en 2001.
Je pense avoir souvent parlé ici – ou ailleurs – de l'effet que m'avait fait En l'absence des hommes lorsque je l'avais lu en 2001. Avec ce premier roman, Philippe Besson avait pour moi frappé un grand coup et j'ai lu depuis chacun de ses romans avec joie. J'ai rarement été déçu, même si j'ai rarement retrouvé l'émotion ressentie avec ce premier magistral coup d'essai, à part peut-être avec Un homme accidentel et son passage sublime sur la morsure du manque.
Dans En l'absence des hommes, nous suivions Vincent de l'Etoile, aristocrate parisien de seize ans, « né avec le siècle », dans sa découverte de l'amitié avec l'écrivain Marcel Proust, de l'amour auprès d'Arthur, jeune et beau soldat de vingt ans, et de la mort, quand la Première Guerre Mondiale arrache Arthur à son jeune amant. J'avais été bouleversé par cette histoire simple mais dans laquelle Philippe Besson décrivait avec beaucoup de justesse les émois de l'adolescence et la douleur de la perte de l'être aimé.
C'est donc avec beaucoup d'impatience et un peu d'appréhension que j'avais commencé à lire ce nouveau roman où j'allais retrouver Vincent de l'Etoile, dix ans après ma « rencontre » avec lui. Un peu d'appréhension car c'était un peu comme comme un rendez-vous avec un vieux copain de lycée qu'on n'a pas revu depuis dix ans : il a pu tellement changer que le courant ne passe plus vraiment.
Pourtant, très vite, j'ai été rassuré : le courant allait bien passer. Dès la cinquième page, je suis tombé sur ce paragraphe et j'ai su que j'allais prendre une claque :
Car à la fin, on est forcément égoïste dans le deuil, égoïste et seul ; nul n'est en mesure de nous y atteindre. Certains tentent de s'approcher, d'accomplir des pas dans notre direction, ils cherchent des paroles, des gestes, mais ça ne pèse rien, c'est du vent, du sable. On est là dans la solitude absolue, intouchable.
Lorsque j'ai dit que j'avais commencé à lire “L'Ombre du vent” de l'écrivain espagnol Carlos Ruiz Zafón, nombreux ont été ceux qui m'ont dit qu'ils avaient adoré ce livre et qu'il y avait de fortes chances qu'il en soit de même pour moi. Le résumé en quatrième de couverture me laissait en tout cas espérer de belles choses :
Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon – Daniel Sempere, le narrateur – dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant est ainsi convié par son père à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y « adopter » un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets « enterrés dans l'âme de la ville » : L'Ombre du vent.
Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafón mêle inextricablement la littérature et la vie.”
Sur les conseils du mari d'un blogueur célèbre et influent, j'ai lu Retour à Reims, un essai du philosophe et sociologue Didier Eribon :
Le thème de cet essai m'interpellait beaucoup, je me suis donc plongé dans sa lecture même si je ne suis pas habitué à ce genre d'oeuvre « académique ». Je craignais surtout de ne pas avoir les bases philosophiques ou sociologiques pour comprendre parfaitement l'approche de l'auteur. Finalement, le mélange entre le récit autobiographique et les réflexions sociologiques rend sa lecture tout à fait accessible pour un novice comme moi. Ce n'est pas non plus un livre de vulgarisation sur la sociologie, puisque l'auteur utilise à plusieurs reprises des concepts qui m'étaient inconnus mais sans que cela gêne – à mon sens – ma compréhension globale de sa réflexion.
Sans entrer dans le détail de la structure et du contenu de la réflexion de Didier Eribon dans cet essai, je retiens quelques idées fortes :
La place de la politique et en particulier du Parti Communiste pour la classe ouvrière jusqu'aux années 70 (« le Parti », comme s'il était le seul qui s'adressait alors aux ouvriers), comment la gauche, cédant aux sirènes du capitalisme et renonçant à parler de pénibilité et d'exploitation des « masses laborieuses », a progressivement perdu la confiance de ceux qu'elles prétendait défendre, et comment le Front National a récupéré leurs suffrages en remplaçant un sentiment d'appartenance (je suis ouvrier contre les bourgeois qui s'enrichissent en m'exploitant) par un autre (je suis français contre les immigrés qui prennent nos emplois et nos prestations sociales)
Face au déterminisme social qui veut que les enfants d'ouvriers deviennent ouvriers (ou chômeurs ...) et les enfants de cadres deviennent cadres, l'éducation et l'accès à la culture sont les seules solutions efficaces mais aussi des marqueurs forts de rupture avec le monde ouvrier ; Didier Eribon raconte bien comment il s'est éloigné de sa famille au fur et à mesure de ses études, comment il s'est senti différent de ses parents et de ses frères, se sentant rejeté comme il les rejetait. Il montre également comment le système éducatif, avec ses filières élitistes et ses voies de garage, tend à reproduire à chaque génération les mêmes ruptures de classes sociales.
Didier Eribon compare sa façon de vivre son homosexualité et ses origines sociales. Il a longtemps expliqué sa rupture avec sa famille par leur rejet – ou leur incompréhension – face à son homosexualité. Finalement, il note que c'est peut-être son rejet de son milieu d'origine qui l'a tenu éloigné de Reims et de sa famille. Il conclue sa réflexion en affirmant qu'il a finalement eu plus de difficultés à s'affirmer comme fils d'ouvrier que comme homosexuel, il va jusqu'à parler de honte pour évoquer ses origines. De ces deux différences, la plus difficile à assumer n'était pas celle que l'on croit, en particulier à Paris.
Ceci n'est évidemment qu'une synthèse très personnelle de cet essai ; ce sont les réflexions qui m'ont le plus marqué, avec toutes les incompréhensions et ré-interprétations possibles de la part d'un oeil non averti. Quoiqu'il en soit, j'ai été passionné par cette lecture, très différente des bouquins que j'ai l'habitude de lire. Cela donne aussi à réfléchir, car je me sens évidemment proche de ce fils d'ouvrier qui a quitté sa Champagne natale et sa famille pour commencer une nouvelle vie à Paris.
Ce petit bouquin est parfait pour lire dans les transports en commun. Il est composé de courts chapitres décrivant les travers de mes compères parisiens (mais pas les miens, évidemment !) : c'est ironique, piquant, drôle et souvent juste. Cela frôle parfois le cliché, mais c'est la limite de l'exercice.
“La septième vague” est la suite, un peu laborieuse et bien moins intéressante, de “Quand vient le vent du nord”. L'auteur surfe sur le succès du premier roman pour nous proposer une suite qui se lit facilement mais surprend moins que le précédent. C'est sans surprise, plutôt prévisible, parfois carrément ennuyant, et globalement sans vraiment de saveur. Un bon divertissement, sans plus.
Un garçon d'origine modeste tente de se fondre dans la masse au sein d'un pensionnat qui accueille principalement des fils de la bourgeoisie américaine. Il cache ses origines à ses camarades et poursuit le rêve de devenir écrivain. A l'approche de la visite du grand Ernest Hemingway, l'étau se resserre autour de ses mensonges. Un roman qui se laisse lire mais qui ne restera pas dans les mémoires....
Le narrateur, Alex, est un jeune étudiant de dix-neuf ans qui décide de proposer ses services comme baby-sitter aux familles de son quartier, en commençant par celle de la boulangerie en bas de chez lui. C'est le début de rencontres un peu improbables qui vont le faire évoluer et qui vont surtout changer la vie de ceux chez qui il s'installe quelques heures par semaines pour s'occuper de leurs enfants. On croise des couples différents, des histoires banales, des personnalités singulières, et même s'il se passe finalement peu de chance dans ce roman, il en reste un parfum indéfinissable de simplicité et de bonheur. Je me suis surpris à sourire en lisant le dernier chapitre, alors que ce genre d'histoire – sur les petits bonheurs simples de la vie – n'est habituellement pas ma tasse de thé.
L'Origine de la violence est le troisième roman de Fabrice Humbert, également auteur de Autoportraits en noir et blanc en 2001 et de Biographie d'un inconnu en 2008. Je n'ai pas lu ses deux premiers romans mais la quatrième de couverture de celui-ci m'a tout de suite attiré :
Lors d'un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d'un détenu dont la ressemblance avec son propre père le stupéfie et ne cesse de l'obséder. Ce prisonnier, David Wagner, est en fait son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l'autre famille, la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n'évoque l'existence ... Au cours de sa quête, le jeune homme comprend qu'en remontant à l'origine de la violence, c'est sa propre violence qu'on finit par rencontrer ...
J'aime beaucoup Eric Jourdan, dont le roman “Trois coeurs” m'avait beaucoup touché. Avec “Lieutenant Darmancour”, il nous plonge à la fin du XVIIème siècle, en compagnie de Pierre Perrault Darmancour, fils du célèbre écrivain Charles Perrault. Pierre découvre son attirance pour les garçons et nous raconte ses premiers émois puis sa vie au côté de ceux qui vont l'accompagner. C'est un roman avec beaucoup de sensualité. Peut-être pas le meilleur d'Eric Jourdan, mais très agréable à lire.